26.03.2008

Sauter

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Le vent souffle.
Il réveille mes épis encore hagards.

Le vent siffle.
Il entonne un chant inconnu à mes oreilles.

Le vent fouette.
J’ai du mal à respirer.

Le vent réveille mon cœur endormi.
Mes mains se réchauffent dans les tiennes.

Et devant ce panorama de la Méditerranée enragée et soulevée de vagues, près de cette citadelle, je distingue au loin un horizon serein.

Sur cette falaise de l’Ile du Gaou, où les vagues bleues viennent se briser sur ces roches blanchies par le sel, je sens encore si je ferme les yeux, les battements de ton cœur qui s’accélèrent lorsque je te dis que je t’aime.

Le vent poursuit sa route et abandonne sur cette falaise nos corps enlacés.
Pris au vent.

Le vent froid mais puissant de sentiments naissants.

Crédit photo : FA

22.03.2008

Promesse

La pluie tombe en fines gouttelettes, presque invisible, elle laisse tomber un voile mince sur la route, les arbres, les voitures et sur ce quai de gare.

Tout brille comme peut-être ces yeux scintillent.

Sans lunettes, l’acuité est plus difficile. Elle ne distingue pas grand-chose, la nuit est très noire et son cœur bat de plus en plus fort au fur et à mesure que les minutes s’égrainent et qu’il se rapproche de cette petite gare.

Ce soir est plein de promesses et elle cherche dans le regard de celle qui l’accompagne un signe de réconfort…

Soudainement le grincement des roues sur les rails se rapprochent, les battements résonnent plus forts jusqu’à vouloir s’échapper. Soudain, elle ne distingue plus rien. Soudain, elle n’entend plus rien à part le bruit sourd de son cœur contre ses tempes.

Boum

Boum

Boum

Comme si elle s’endormait, comme si elle s’échappait de son corps, elle regarde la scène qui se déroule sous ses yeux : le train qui s’approche, les gens qui descendent heureux, fatigués, anxieux peut-être.

Son amie qui se dirige vers une voiture.

Elle reste en retrait près des escaliers.

Le train ralentit. La pluie continue de tomber en voile léger, comme un rideau devant une fenêtre. Comme si elle l’enveloppait pour protéger du regard ces retrouvailles.
Cette première rencontre.

Le bruit strident des freins s’arrête. Le train s’immobilise alors. La porte s’ouvre et laisse s’échapper une casquette blanche. Un uniforme de marin se dessine dans la porte de cette voiture de métal, et elle voit enfin son regard.
Brun, doux, impatient, heureux.
Peut-être.

Les tempes bourdonnantes, elle s’approche doucement. Elle dépose ses lèvres sur ses joues piquantes, elle ferme les yeux ; elle sent son parfum, respire son odeur. Telle qu’elle la devinait.

Une bise appuyée sur la commissure des lèvres, je ne me résous pas à desserrer cette étreinte.
Je ne veux pas quitter ses bras… Je me dégage doucement et laisse mes yeux humides plonger dans son regard.

Et je décide alors de m’abandonner à cet instant et de laisser mes lèvres goûter les siennes.

La vie est pleine de promesses depuis

21.03.2008

Bouche salée

Le goût du sel.
Il a le goût du sel dans la bouche.

Il ne sait plus si ce goût est celui de ses larmes ou bien celui des gouttes de sueur dégoulinant de ses tempes, de son front, de son cou.

Il fait chaud.
Il fait terriblement chaud, il va peut-être enlever sa veste kaki mais il sait qu’il dévoilerait alors ce polo blanc. S’il ferme les yeux, il sent le doux parfum de la lessive, il entend le bruit des pas de son épouse dans cet escalier de bois, le bruit sec et bref du linge qu’on secoue avant de l’étendre.

Son acuité lui révèle soudain qu’il doit se terrer encore plus profondément dans ce sol rocailleux. Derrière ces murs de pisé encore debout, comme en équilibre.

Le feu du métal lui brûle la paume des mains.
Il n’a qu’une envie laisser courir ses mains autrefois si fines, si soignées sur son ventre arrondi, sentir le poids de ses seins, prendre ses hanches et s’enivrer de cette odeur sucrée de jasmin.

Il se demande soudainement si ses mains pourront un jour aimer de nouveau. Il souhaiterait oublier le rouge du sang, le noir de la poudre, le brun des brûlures de sa mitraillette.

Le râle du berger le ramène soudainement à la réalité. Il a reçu le toit de la bergerie sur la tête au moment où il s’apprêtait à lui enfoncer son couteau entre les cotes. Là où on peut atteindre l’estomac ou le cœur. Son père lui a montré lorsqu’il était petit alors que les bottes de cuir noir envahissaient le château familial.

Cet homme va mourir. Il le sait, il pleure. De peur, de rage, de dégoût, de fatigue.
Il voudrait pouvoir l’aider, il s’approche de lui en rampant, lui essuie le visage.
Un de ces yeux n’est plus là, la mâchoire est brisée, il ne peut plus parler. De toute façon que pourrait-il dire à cet homme en vert venu d’un autre pays ?
Il lui tient la main, fixe son seul œil et surveille le moment où la dernière expiration laissera échapper de son corps brisé son âme.

Et puis doucement, le silence de la mort s’installe. Le vent souffle soudainement sur cette terre brûlée, les cadavres des moutons disséminés le long du chemin. Le blanc de la toge du berger rougit et lui pleure, crie…. Il veut mourir. Car même s’il sort de ce village, pourra-t-il dire à sa femme qu’il a volé, tué, torturé, égorgé ?

Soudain un cri déchire le souffle du vent et résonne sur ces parois calcaires.

Le goût des larmes
Le goût du sel dans sa bouche.
Et le sursaut de douleur dans les draps de flanelle.

76 ans et depuis 46 ans toujours ces cauchemars, ces souvenirs, ces regrets.

Cette honte d’être vivant.