06.03.2008

Michel Bouthot a dit

"Le sourire est le baiser de l'âme"

Ce soir je sais que je sourirai davantage lorsque sur ce quai de gare, je te retrouverai.
Enfin.

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Die Erfuellung (Détail), Gustav Klimt, 1909.

03.03.2008

André Breton a dit

"Ce que j'ai aimé, que je l'aie gardé ou non, je l'aimerai toujours"

01.03.2008

In memory

Est-ce que tu te souviens de nos discussions qui duraient toujours trop longtemps au téléphone ? Tu me racontais tes journées, je te racontais les miennes toujours avec pudeur. Tu te livrais sans peur, je savais ta moindre pensée, le moindre de tes rêves. Moi, c’était plus dur, mais tu parvenais toujours à deviner les peurs enfouies sous le vernis de certitudes qui me protégeait des autres.

Est-ce que tu te souviens de nos premiers fous rires? Alors que nous partagions la même salle de bains, à cette époque une simple rue nous séparait, et nos parents étaient des couples unis.
Nos frères et sœurs nous suivaient aveuglément car nous étions les grandes et il faut bien l’avouer, mener ce petit monde à la baguette te plaisait. Tu puisais là toute ta force.

Et puis un beau jour, les soucis de mes parents sont venus entachés nos habitudes, nos rituels, je partais vivre à 600 km de là. Je me suis retrouvée amputée d’une moitié. Ma moitié vivante, délurée, audacieuse, alors pour oublier je me suis réfugiée dans mes livres. Toi, de ton côté, tu es devenu un vrai garçon manqué, tu as abandonné la danse, et couper tes longs cheveux. J’ai encore quelque part chez Maman, une tresse de tes cheveux avec ce ruban que nous avions partagé lors d’un carnaval.

Et puis la vie nous a permis de nous retrouver. Mais l’adolescence avait déjà œuvré à nous séparer. Nous n’avions plus ce besoin quasi maladif de nous téléphoner chaque soir, de nous voir chaque week-end et de tout nous dire. Nous étions passé à autre chose. Je n’avais pas besoin de te voir pour savoir que quelque te tourmentait aussi, quand je suis venue la première fois à l’hôpital, j’ai compris que sous cette couche de bonne humeur, de joie de vivre, se tapissait en réalité le dragon de l’angoisse. Tes parents se sont également séparés, à ce moment là nous avons (re)vécu les lourds moments de la séparation que nous tentions d’oublier. Et ton monde a fini par s'écrouler.

Pourtant, c’est à cette période que je te découvrais vraiment comme mon amie. Tu n’étais plus ma petite sœur mais mon amie. Nous n'étions plus en compétititon, nous étions simplement et seulement nous avec nos différences, nos faiblesses et surtout nos rêves et une fureur de vivre qui dépassait tout le reste. L’école, les peines de cœur, les disputes…

Et puis tu es repartie à l’hôpital. Encore une fois. Je me souviens de ce matin où tu t’es réveillée. Je venais d’arriver car tu m’avais formellement interdit de dormir à tes côtés. Tu m’as dit que tu ne partirais sûrement pas ici parce que je trouverai le moyen de faire revenir.

Alors tu as été d’une force incroyable, tu as endossé ton plus costume et tu as joué le rôle de ta vie. Tout le monde y a cru moi la première, même si au fond de moi, je savais que tu ne resterais pas. A quoi bon te retenir puisque tu avais décidé de partir ? De toute façon, ton coeur ne battait plus pour rien, si ce n'est -j’ose l’espérer- pour les quelques instants de sérénité que nous offrais nos réveils buissonniers dans le jardin ou nos promenades nocturnes le long des quais de la Loire.

Et puis un jour en rentrant du lycée, j’ai trouvé une lettre. Manuscrite, bien écrite ce qui était une chose plutôt rare pour toi qui allait toujours si vite. Cette lettre je l’ai maudite, j’ai voulu la brûler mais ce n’était pas possible ça aurait été te trahir. Ces mots je les vois encore au travers de mes larmes. Tu t’en vas, tu es fatiguée et cette fois tu ne reviendras pas. Je dois te sortir de cette baignoire, inviter ton frère et ta sœur chez moi à jouer à la console avec mon frère, et enfin appeler les pompiers. Et après….

Après je ne sais plus, j’ai enfoui toutes ces minutes tellement loin dans mon cœur, mon estomac et ma tête que je ne sais plus. La seule chose dont je me souviens est ce froid glacial de l’église qui nous avait accueillies pour notre baptême, le vent qui sifflait entre les travées et ces mouchoirs blancs au creux des mains.

Et ma voix résonnant dans la nef qui te disait Au Revoir